Publié par : Otovon | 10 juillet 2009

Vélib, pas is “Lib” que ça..

Vendredi 19 juin 2009 en voulant retirer un Velib d’une borne, rue des Archives, à 18 heures, je constate que ma carte d’abonnement ne fonctionne pas. Et pour cause : l’unique Velib restant est en fait seulement posé contre sa borne, il est cassé au niveau de l’attache.

Je m’en saisis donc et monte dessus. Je n’ai pas fait un mètre qu’un homme se précipite sur moi, l’air franchement mauvais, me dit que j’ai violé la loi et me demande si j’en ai conscience. Je demande au type si c’est une blague, et là il me dit qu’il est de la police et me montre très rapidement une carte bleu blanc rouge sans photo ni nom.

Derrière moi, alors que je tente une discussion, un autre homme, également en civil, hausse le ton « allons, monsieur, allons, reconnaissez les faits ! » Je me retrouve encerclé par trois hommes qui disent être policiers. Ils sont très physiques, me pressant de toute part et me disent que j’ai commis un « recel de vol ». Je suis héberlué et je me sens d’autant plus mal qu’ils me demandent fermement, en me serrant fort le bras, de les suivre dans la rue d’à côté, « pour plus de discrétion » car en effet la rue des Archives était bondée, nous étions devant une terrasse de café.

« Ah ! vous l’avez voulu, monsieur ! »

Seulement, moi, j’ai pris peur, à cause de leur attitude menaçante et de l’absurdité de la situation, pensant à un piège et qu’ils voulaient me racketter ou me cogner. J’ai donc d’une part dégagé mon bras, que le plus jeune serrait, et d’autre part crié « au secours, aidez moi, ce sont de faux policiers qui veulent me racketter » aux gens de la terrasse. C’est alors que les policiers m’ont crié dessus « ah ! vous l’avez voulu, monsieur » et m’ont menotté.

J’étais terrorisé, j’ai continué à demandé aux passants de m’aider. Puis je me suis laissé faire. Ils mont poussé dans leur voiture et m’ont emmené au poste, avec gyrophare et pin-pon.

Dans la voiture j’ai eu droit à un sermon agressif du type « hé bien monsieur ! qu’est-ce qui vous prend ? Vous avez bu ? vous avez pris des substances ? On vous a vu essayer de vous enfuir… Et puis, vous nous avez menacé monsieur » -j’avais effectivement parlé de la police des polices.

Le policier à ma gauche, le plus jeune, me demande si j’ai des antécédents psychiatriques, dans mon for intérieur je me disais que ces trois-là auraient bien besoin effectivement d’un psychiatre, mais je me suis tu, et je leur ai présenté mes excuses… Ils me disent que si je m’étais bien comporté, ils ne m’auraient pas fait tout ça.

« Vous avez perdu tous vos droits, monsieur »

Je demande si je peux appeler mon avocat. C’est alors que le policier le plus âgé (la quarantaine), au volant, se retourne et me dit « vous avez perdu tous vos droits, monsieur » et « tout ce que vous avez le droit de faire c’est attendre qu’un officier prenne votre déposition ».

Au poste, fouillé, j’ai attendu trente minutes. On m’a posé plein de questions, mon nom, mon adresse, ce que je faisais dans la vie (je suis jeune médecin), le nom de ma copine, si mon nom était sur la boite aux lettres, le numéro du digicode de l’immeuble « pour vérification »…

Ensuite ils m’ont enlevé les menottes au bout d’une heure, non pas parce que je me plaignais d’avoir des fourmis et des douleurs, mais pour réaliser le fichage de mes empreintes. Photo face, profil, tel un criminel… Puis une déposition devant une policière qui soulevait un sourcil surpris… Puis « au revoir monsieur, la sortie c’est là bas ». Personne ne m’a présenté d’excuses pour ce que je qualifie de bavure. J’ai pris des photos de mes poignets : belles traces rouges et douleur pendant 48 heures…

En lisant l’histoire de « Sarkozy je te vois », je suis angoissé à l’idée que d’ici quelque mois, un tribunal pourrait tout à fait me faire comparaître pour vol et recel de Velib ! Voire outrage à agent, trouble à l’ordre public, tentative de fuite ! Je me doutais qu’on vivait une époque où les libertés individuelles et fondamentales sont bafouées insidieusement ; j’en ai eu la preuve physique.

Article original : http://www.rue89.com/2009/07/09/au-poste-et-menotte-parce-que-le-velib-etait-casse

Publié par : Otovon | 18 juin 2009

RSA : un peu d’argent de poche SVP ?

Les allocataires du Revenu de solidarité active (RSA) sont invités à intenter des actions en justice à leurs proches (père, mère, ex-conjoint) pour obtenir une aide financière s’ils affrontent des difficultés.

C’est ce qu’ont découvert les futurs allocataires en remplissant leurs dossiers de demande de ce minima social entré en vigueur début juin. Inacceptable.

Le formulaire retiré à la CAF (Caisse d’allocations familiales) ou téléchargé sur son site Internet questionne sur cinq pages les postulants au RSA et les encourage à entreprendre des démarches devant les tribunaux. Comme si l’Etat leur demandait de faire jouer la solidarité familiale avant de solliciter la solidarité nationale.

A la rubrique «Vous êtes célibataire et vous vivez seul», le document interroge les futurs allocataires : «Percevez-vous une pension alimentaire ?» Si le demandeur répond «non», le document lui précise qu’il est «susceptible d’engager une action envers (ses) parents [père, mère, ndlr] pour obtenir une pension alimentaire».

Une idée inacceptable pour la plupart de ces grands adultes de 30, 40 ou 50 ans qui ont touché le fond et pour lesquels le RMI d’hier et le RSA d’aujourd’hui constituent le dernier filet de sécurité. Là, ils se voient proposer par l’administration d’emmener leurs parents âgés parfois de 60, 70 ou 80 ans, devant les tribunaux.

«Si vous souhaitez être dispensé de cette démarche, précisez le motif», stipule le formulaire.

Même chose pour les personnes séparées de leurs conjoints et ayant des enfants à charge. Le dossier les invite à «engager une action envers [l’autre] parent pour obtenir la fixation ou le versement d’une pension alimentaire pour chaque enfant concerné». Là encore, pour «être dispensé de cette démarche» il faut «préciser le motif».

Pour certains demandeurs, ces questions réveillent des histoires douloureuses. «Je travaille en emploi précaire depuis plusieurs années. Je gagne 808 euros par mois. J’ai entendu parler du RSA. Je pensais que cela allait m’aider», raconte une femme venue, formulaire en main, à Libération, pour dire son «indignation». La cinquantaine, une fille lycéenne à charge, elle a fait une simulation de sa situation sur le site de la CAF. Elle a droit à une allocation RSA de 180 euros par mois, qui s’ajoute à son salaire. Un vrai bonus. «J’en ai besoin parce que je n’y arrive pas.»Mais elle dit s’être «sentie trahie» lorsqu’elle s’est penchée sur le formulaire. «Le père de ma fille a disparu dans la nature à sa naissance. Depuis, je me débrouille. Je trouve ça cruel qu’on me demande d’aller voir les tribunaux au motif que je demande à bénéficier d’un dispositif de solidarité nationale», souligne cette femme. Au-delà de sa situation, elle «juge inhumain et indigne d’une société soi-disant civilisée» qu’un Etat incite des enfants à attaquer leurs parents en justice «pour leur prendre de l’argent». L’aide parentale pourquoi pas. Mais pas sous la contrainte judiciaire.

Ces réactions sont nombreuses car, outre les actuels allocataires du RMI (1,13 million de personnes qui ont basculé au RSA), plus de 2,5 millions de travailleurs pauvres doivent remplir ce dossier pour bénéficier du RSA. Choc. La découverte de ces questions constitue un choc.

Contacté par Libération, le cabinet de Martin Hirsch, haut-commissaire aux Solidarités actives entré au gouvernement pour mettre en place le RSA, est très gêné. Sa réponse se fera attendre trois jours (lire ci-dessous).

En guise d’explication, ses services invoquent un problème d’«articulation entre la solidarité familiale telle que l’organise le code civil, et la solidarité nationale telle que l’organise le code de l’action sociale». Sous-entendu : le code civil non-toiletté de longue date a un temps de retard sur l’action sociale et notamment les dispositifs de solidarité nationale comme le défunt RMI et le nouveau RSA.

Le communiqué précise que la loi du 1er décembre 2008 relative au RSA reprend «les mêmes dispositions» que le RMI. Pas tout à fait vrai. Le Haut-Commissariat reconnaît que l’incitation faite aux enfants de 30, 40 ou 50 ans d’engager une action contre leurs parents «ne figurait pas dans le formulaire national du RMI».

Pourquoi l’avoir rajouté alors ?

Parce que cette question «était posée par certains départements au travers de formulaires complémentaires»,argumente le cabinet, qui avance «un souci d’harmonisation».Mais au lieu d’harmoniser par le haut, en éliminant dans tout l’Hexagone cette formule contestable, les services de Martin Hirsch ont harmonisé par le bas, en la généralisant partout et auprès des 3,7 millions de personnes éligibles au RSA. Pour finir, après bien des contorsions, le communiqué du Haut-Commissariat souligne que «le formulaire sera modifié sur ce point pour éviter les troubles inutiles». Une façon très indirecte de reconnaître qu’il y a un malaise auquel il convient de répondre.

Réponse de Martin Hirsch :

Martin Hirsch a toujours accordé une grande importance à la communication. L’affaire du formulaire qui incite les demandeurs du RSA à engager des actions en justice pour avoir une aide des parents a été gérée avec ruse par son entourage. La semaine dernière, Libération contacte son cabinet pour obtenir des précisions. On attend trois jours. On nous promet des «explications de Martin». Mais au dernier moment, une réponse arrive sous forme d’un communiqué à tous les médias, selon une technique bien connue de banalisation de l’information pour la rendre moins incisive. Ledit communiqué a été diffusé vendredi, alors que la presse écrite était dans l’impossibilité de diffuser l’information pour cause de non-parution le lendemain.

En savoir plus ici : http://www.liberation.fr/societe/0101574292-revenu-de-solidarite-active-taxez-plutot-vos-parents

Publié par : Otovon | 10 juin 2009

Education Nationale : Grand Corps Malade

Publié par : Otovon | 28 mai 2009

Loi Loppsi : “Ce gouvernement s’acharne”

Interview de Laurent Mucchielli par Sélim Batikhy  pour le NouvelObs
(le mercredi 27 mai 2009)

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La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a présenté mercredi 27 mai en Conseil des ministres le projet de loi d’orientation et de programmation de la sécurité intérieure (Loppsi). Tout d’abord, quel est l’état de la délinquance en France ?

- Question difficile en quelques mots, mais je renvoie à des publications pour les détails et la complexité (1). En deux mots, les atteintes aux biens baissent depuis le milieu des années 1990 environ, la baisse des vols de voiture étant le phénomène le plus massif (lié beaucoup à la meilleure protection des véhicules). Pour les violences physiques, les statistiques de police donnent une augmentation continue, que démentent les enquêtes de victimation montrant une stabilité d’ensemble. Il s’agit en réalité de violences de plus en plus dénoncées et non de plus en plus fréquentes. Enfin, ce qui augmente le plus ce sont les délinquances “d’ordre public” (stupéfiants, police des étrangers, outrages et rébellions à policiers, etc.), qui témoignent surtout de l’accentuation de la pression policière sur certaines catégories de la population ainsi que de la dégradation continue des relations entre la police et la population en général. Voilà pour les tendances nationales, mais les contextes locaux peuvent être différents.

Avez-vous été sollicité par le gouvernement pour l’élaboration de ce projet de loi ?

- Si les chercheurs étaient sollicités pour aider à l’élaboration des lois en matière de sécurité, cela se saurait et nous nous en réjouirions…

Cette loi accorde à la police des moyens financiers renforcés, soit 2.5 milliards d’euros d’ici à 2013. Est-ce justifié ?

- Si l’on se fie aux déclarations de la ministre de l’Intérieur, dans une sorte de fourre-tout qui donne un peu le tournis (délinquance routière, cybercriminalité, manifestations sportives, crime organisé, vidéosurveillance…), on voit surtout une extension des pouvoirs de police judiciaire et de l’équipement technique des unités spécialisées de police. Certaines semblent pleinement justifiées pour permettre aux policiers et gendarmes de mieux confondre les délinquants en s’adaptant aux évolutions technologiques. D’autres posent évidemment des questions de libertés publiques. Quant au budget, il faut se méfier des chiffres lancés en direction des médias et de l’opinion publique. Car, dans le même temps, la tendance est à la réduction des effectifs alors que les policiers et les gendarmes n’ont jamais été autant sollicités. La question de fond, dans la vie quotidienne et pour les collectivités territoriales, est ainsi celle du désengagement de l’Etat qui s’accélère en réalité derrière des discours politiques donnant l’impression du contraire.

Y-a-t-il de nouvelles formes de violence, comme le suggère Michelle Alliot-Marie afin de justifier ce projet de loi ?

- Je ne le crois pas si l’on entend par là des changements dans les comportements fondamentaux. C’est quelque chose que les discours politiques disent depuis près de 20 ans, cela semble une ritournelle. Quant aux fameuses “bandes”, le problème se pose depuis au moins la fin du 19ème siècle… Le problème est ici que le temps médiatico-politique nous enferme dans l’immédiateté et nous rend tous amnésiques. Ce qui est clair en revanche, c’est que les techniques évoluent sans cesse dans notre société post-industrielle. Téléphones portables, Internet, systèmes de protection des habitations et des voitures, etc. Par exemple le “car-jacking” n’est pas une révolution dans les comportements, c’est simplement une adaptation des voleurs de voiture à l’impossibilité de voler certains véhicules équipés d’une nouvelle génération de systèmes anti-vols lorsqu’ils sont en stationnement. Le seul moyen devient de les voler lorsqu’ils ont déjà démarré, donc en éjectant le conducteur. Et la même chose vaut pour le “happy slapping” [pratique consistant à filmer une agression physique à l’aide d’un téléphone portable, ndlr).

L’installation de portiques à l’entrée des écoles, ou la formation de brigades scolaires sont des propositions émises par l’UMP pour réfréner la délinquance dans le milieu éducatif. Les jugez-vous adaptées ?

- Ce gouvernement s’acharne dans la croyance en un traitement technique et policier des problèmes humains et sociaux. C’est à mes yeux une grave erreur. La meilleure façon de réguler des groupes d’enfants et d’adolescents, d’y prévenir et d’y gérer les problèmes les plus fréquents, a toujours été et restera toujours l’intervention humaine par des acteurs de terrain connaissant ces groupes d’enfants et d’adolescents et sachant les gérer. C’est de davantage de surveillants et de travailleurs sociaux dont les écoles ont besoin pour faire face aux désordres juvéniles et aux carences familiales, pas de caméras de vidéosurveillance et de portiques de sécurité (qui créeraient des heures de queue à l’entrée, et sonneraient au moindre compas ou à la moindre règle métallique…). Encore moins d’une présence policière quotidienne. Cette idée est même aberrante. Elle est en réalité un terrible aveu de faiblesse et d’impuissance.

Voyez-vous un lien entre le calendrier électoral et celui de ce projet sécuritaire, prêt depuis octobre 2007 ?

- Bien sûr. Pas vous ? Si, par exemple, comme le dit Monsieur Darcos, il y a en moyenne chaque mois une vingtaine d’incidents impliquant des armes dans les écoles en France, provoquant parfois des faits dramatiques, pourquoi est-ce justement en ce moment que l’on en parle autant et que les politiques réinvestissent massivement ces sujets, alors que des faits similaires se sont produits dans les mois précédents ?

Interview de Laurent Mucchielli par Sélim Batikhy
(le mercredi 27 mai 2009)

(1) L. Mucchielli, “Dix ans d’évolution des délinquances en France”, Regards sur l’actualité, 2007, n° 336, p. 5-16 ; ainsi que  “Une société plus violente ? Analyse socio-historique des violences interpersonnelles en France, des années 1970 à nos jours”, Déviance et société, 2008, 2, p. 115-147.

Pour en savoir plus : www.laurent-mucchieli.org

Publié par : Otovon | 28 mai 2009

Libérez Aung San Suu Kyi !

La militante birmane pour la démocratie et lauréate du Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, a été incarcérée sur la base d’accusations fabriquées de toutes pièces, quelques jours à peine avant la fin de ses 13 années de détention.

Aung San Suu Kyi et des milliers de moines et d’étudiants ont été jetés en prison pour avoir osé défier le régime militaire brutal de leur pays en lançant des appels pacifiques en faveur de la démocratie.

Bravant le danger afin de défendre leurs amis emprisonnés, les militants birmans exigent la libération de Aung San Suu Kyi et de tous les prisonniers politiques, et ils demandent au monde de les aider. Nous avons six jours pour présenter au Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki Moon, une longue pétition lui demandant de faire de leur libération une priorité de premier ordre

Il peut en faire une condition de la reprise d’un engagement de la communauté internationale.

Suivez le lien pour signer la pétition, et envoyez ce message à vos amis afin d’obtenir la libération de Aung San Suu Kyi et de l’ensemble des prisonniers politiques. Les militants birmans présenteront cette pétition mondiale aux médias le 26 mai:

http://www.avaaz.org/fr/free_aung_san_suu_kyi

Le 14 mai, Aung San Suu Kyi a été arrêtée et jetée en prison : elle est accusée d’être entrée en rapport avec un Américain qui serait entré clandestinement dans la résidence où elle est détenue à Yangon.

Ces accusations sont absurdes — ce sont les militaires birmans, qui l’accusent aujourd’hui de ne pas avoir respecté son assignation à résidence, qui sont responsables de la sécurité du bâtiment. C’est un prétexte visant à la garder en prison jusqu’aux élections de 2010.

Le régime birman est bien connu pour la brutalité avec laquelle il réprime toute menace posée au contrôle total de l’armée – des milliers de personnes sont détenues dans des conditions inhumaines, sans accès à des soins médicaux ; les violations des droits de l’homme sont constantes; les groupes ethniques font l’objet d’une répression violente ; et plus d’un million de personnes ont dû chercher refuge de l’autre côté de la frontière.

Aung San Suu Kyi pose la menace la plus grande au pouvoir de la junte. Du fait de son leadership moral du mouvement pour la démocratie et de sa victoire totale aux élections tenues en 1990, elle est la seule personne capable de tenir tête aux militaires lors des prochaines élections l’année prochaine. Elle est détenue depuis 1988 – assignée à résidence et autorisée à n’avoir aucun contact avec le monde extérieur. Mais cette nouvelle détention scandaleuse dans la tristement fameuse prison d’Insein, sans accès à des soins médicaux, pourrait être très dangereuse car elle est gravement malade.

Selon certaines sources, le régime militaire craint cet appel en ligne, généralisé et unifié, lancé à l’ONU — plus de 160 groupes d’exilés birmans et associations de solidarité de 24 pays participent à cette campagne. Et le Secrétaire général et des acteurs régionaux clefs, qui cherchent à rétablir le contact avec le régime birman, peuvent influer sur le sort de ces prisonniers.

La semaine dernière, le Secrétaire général Ban Ki Moon a déclaré: “Aung San Suu Kyi et tous ceux qui ont une contribution à faire à l’avenir de leur pays doivent être libres”.

Lançons-lui un énorme appel mondial lui demandant de traduire immédiatement ses paroles en actes et de faire cesser les arrestations et les brutalités : http://www.avaaz.org/fr/free_aung_san_suu_kyi

Comme cela a été le cas lorsque Nelson Mandela a été libéré après des années passées dans les geôles de l’Afrique du Sud, la mise en liberté de Aung San Suu Kyi après des années de détention injuste, marquera un nouveau départ pour la Birmanie et redonnera espoir en la démocratie.

Cette semaine pourrait être le moment historique de ce changement – unissons-nous derrière Suu Kyi et ces hommes et ces femmes courageux et exigeons leur libération immédiate !

Pour en savoir plus sur Aung San Suu Kyi rendez-vous sur: http://www.burmacampaign.org.uk/aboutburma/aung_san_suu_kyi.htm

Pour en savoir plus sur la Campagne mondiale pour la libération des prisonniers politiques, rendez-vous sur : http://www.fbppn.net/?page_id=582

Lettre d’ex-Présidents pour la libération des prisonniers politiques : http://www.burmacampaign.org.uk/index.php/burma/news/Lettre-de-112-ex-Présidents-et-Premiers-Ministres-à-l’ONU-

Pour connaître les réactions de l’Occident et des pays d’Asie à l’arrestation de Aung San Suu Kyi: http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8050545.stm

http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8056852.stm

Pour la déclaration complète du Secrétaire général de l’ONU sur l’arrestation de Aung San Suu Kyi: http://www.un.org/apps/sg/sgstats.asp?nid=3848

Publié par : Otovon | 25 mai 2009

Droit de réponse : Julien Coupat

Voici les réponses aux questions posées par écrit, par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour “terrorisme” avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné d’avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé à ce que certains mots soient en italique).


Article original ici : http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/25/julien-coupat-la-prolongation-de-ma-detention-est-une-petite-vengeance_1197456_3224.html

Comment vivez-vous votre détention ?

Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu’aux dents s’est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d’un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs “prisons du peuple” en nous assommant de questions où l’absurde le disputait à l’obscène.

Celui qui semblait être le cerveau de l’opération s’excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c’était de la faute des “services”, là-haut, où s’agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu’ils continuent de sévir en toute impunité.

Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu’en dites-vous?

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu’elle voudrait nous attribuer, d’autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d’outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l’attaque au cœur de l’Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.

Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s’agissait simplement de protester contre le transport vers l’Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de “la crise”. Le communiqué se conclut par un très SNCF “nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension”. Quel tact, tout de même, chez ces “terroristes”!

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de “mouvance anarcho-autonome” et d’”ultragauche”?

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d’une période de gel historique dont l’acte fondateur fut l’accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d’”éviter une guerre civile”. Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L’avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d’avoir pris l’initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant “sans complexe” avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l’Occident, l’Afrique, le travail, l’histoire de France, ou l’identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu’elle n’ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d’entre ses éléments. Quant à l’extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l’état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n’a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n’a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l’importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c’est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d’entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s’imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les “anarcho-autonomes”. On leur prêtait, pour commencer, l’organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le “triomphe électoral” du nouveau président.

Avec cette fable des “anarcho-autonomes”, on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l’intérieur s’est docilement employée, d’arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l’y incarcérer. Or celle de “casseur” où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l’intention du nouveau pouvoir de s’attaquer à l’ennemi, en tant que tel, sans attendre qu’il s’exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

Il importe peu, finalement, qu’il ne se trouve personne en France pour se reconnaître “anarcho-autonome” ni que l’ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n’a, par la suite, jamais produit autre chose que d’inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme “ultragauche” qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l’ultragauche, ni même qu’elle ait jamais existé.

A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d’une oligarchie mondiale et française aux abois, l’utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d’”anarcho-autonome” ou d’”ultragauche” emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l’inexplicable une révolte que tout justifie.

La police vous considère comme le chef d’un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu’en pensez-vous?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d’un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme?

Rien ne permet d’expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d’avoir orchestré, au su de la DST, la vague d’attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d’expliquer non plus la soudaine transmutation du “terroriste” en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d’Evian, en policier irakien ou en “taliban modéré” de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d’avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s’exécutera avec promptitude. Qui n’étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – “terroristes” devenus l’un premier ministre d’Israël, l’autre président de l’Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de “terrorisme”, l’impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l’on peut, elle, très bien définir : l’antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L’antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite “psychologique”, pour rester poli.

L’antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n’est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c’est la méthode par quoi l’on produit, positivement, l’ennemi politique en tant que terroriste. Il s’agit, par tout un luxe de provocations, d’infiltrations, de surveillance, d’intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l’”action psychologique”, de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d’anéantir la “menace subversive” en associant, au sein de la population, l’ennemi intérieur, l’ennemi politique à l’affect de la terreur.

L’essentiel, dans la guerre moderne, est cette “bataille des cœurs et des esprits” où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l’ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l’exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l’humilier publiquement, inciter les plus vils à l’accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. “La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l’arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu’une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l’effort de guerre de la façon la plus discrète possible”, conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n’est pas coutume, dans notre cas, l’antiterrorisme a fait un four. On n’est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée “raisonnable” est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l’échec; comme est compréhensible l’acharnement un peu mesquin des “services”, depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d’emprise sur l’institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu’auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des “proches de Julien Coupat”.

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d’autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d’autres encore la crédibilité qu’ils n’ont jamais eue et qu’ils n’auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

Vous êtes issu d’un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…

“Il y a de la plèbe dans toutes les classes” (Hegel).

Pourquoi Tarnac ?

Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l’expliquer, je le crains.

Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d’Héraclite comme échappée d’un monde révolu. A l’heure de l’intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier “l’intellectuel”, sinon l’étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l’aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?

Etes-vous l’auteur du livre L’insurrection qui vient ?

C’est l’aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d’instruction, des interrogatoires où l’on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L’insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L’insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d’Etat bolchevique d’octobre 1917, puisqu’il est mentionné dans L’insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s’était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d’un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l’accusation de terrorisme, nous concernant, c’est le soupçon de la coïncidence d’une pensée et d’une vie; ce qui fait l’association de malfaiteurs, c’est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l’héroïsme individuel, mais serait l’objet d’une attention commune. Négativement, cela signifie que l’on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l’injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l’auteur de L’insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J’en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai mieux compris la hargne hystérique que l’on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c’est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s’avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s’avère, sous les dehors d’une “crise économique”, d’un “effondrement de la confiance”, d’un “rejet massif des classes dirigeantes”, c’est bien la fin d’une civilisation, l’implosion d’un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l’ordre politique, la religion ou l’organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n’offrira de remède.

Ce n’est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d’interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l’on fera s’évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d’échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

Vous lisez “Surveiller et punir” de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente ?

La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n’est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l’ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l’existence dite “normale”. Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l’école, l’innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n’est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l’effet d’une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d’une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d’autre des barbelés et à cause d’eux.

Si l’on traque avec tant d’avidité les témoignages “de l’intérieur” qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c’est pour mieux occulter le secret qu’elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

Toute l’indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l’administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du “sens de la peine”, bref : tout ce débat sur l’horreur de l’incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu’elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment “civilisé”. Le petit système d’espionnage, d’humiliation et de ravage que l’Etat français dispose plus fanatiquement qu’aucun autre en Europe autour du détenu n’est même pas scandaleux. L’Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n’est de toute évidence qu’un début : la vengeance est l’hygiène de la plèbe.

Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu’il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N’importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n’importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n’importe quel flic sait ce qu’il faut d’illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l’on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l’illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l’on juge opportun de poursuivre et ceux qu’on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n’est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c’est la justice elle-même, il n’est donc pas question pour mes camarades et moi de “clamer notre innocence”, ainsi que la presse s’est rituellement laissée aller à l’écrire, mais de mettre en déroute l’hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l’esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.

Comment analysez-vous ce qui vous arrive ?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire “d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”, et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas d’”affaire de Tarnac” pas plus que d’”affaire Coupat”, ou d’”affaire Hazan” [éditeur de L'insurrection qui vient]. Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé. Le Prince n’a plus d’autre soutien que la peur qu’il inspire quand sa vue n’excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d’une gestion “décomplexée”, une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s’est jamais vu qu’une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n’a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l’Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d’opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu’un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n’a aucun titre à exister et mérite seulement d’être mis à bas ? C’est une affaire de sensibilité.

La servitude est l’intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c’est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu’elle se demande “pour qui vais-je voter ?”, mais “mon existence est-elle compatible avec cela ?”), c’est pour le pouvoir une question d’anesthésie à quoi il répond par l’administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l’anesthésie n’opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu’une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d’autres, comme tant de “jeunes”, comme tant de “bandes”, de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l’heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu’ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle “victoire” dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d’autres termes : la situation est excellente. Ce n’est pas le moment de perdre courage.
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Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/25/julien-coupat-la-prolongation-de-ma-detention-est-une-petite-vengeance_1197456_3224.html

Jacques Chirac avait fait de la lutte contre le cancer son fer de lance. Dommage, les industriels ne l’entendent pas de cet oreille, et le parlement Européen vient de promouvoir l’émergence potentielle de nouveau cancers… par l’intérmédiaire des ampoules à basse consommation !

Économie d’énergie d’un côté, dépenses supplémentaires de l’autres, pour les ménages bien sur, avec en plus à la clef des dangers liés aux rayonnements magnétiques et à la pollution au mercure… vous avez là un produit d’avenir, typique de notre époque : libéral !

Les ampoules à basse consommation sont-elles aussi écologiques et inoffensives que les pouvoirs publics le prétendent ? Illustration ici avec cette vidéo : “La mort à basse consommation !”

Dormez-bien… tout est sous contrôle…

Publié par : Otovon | 15 mai 2009

Qui a dit état policier ? Volet 2 !

FRONTIÈRES – Forte augmentation du nombre de Brésiliens expulsés à leur arrivée en France
Alors que l’année de la France bat son plein au Brésil, le nombre de touristes brésiliens expulsés à leur arrivée en France augmente de façon exponentielle. De 285 en 2007, leur nombre est passé à 675 en 2008 (+ 135%) et 274 personnes ont déjà été reconduites sur les 2 premiers mois de l’année contre 177 sur la même période en 2008. En mars, le chiffre officiel n’est pas encore connu, mais sur les seuls vols TAM, 206 passagers ont été reconduits. L’histoire de Solange França, professeur de l’Universidade Estadual de Santa Cruz, reconduite fin avril, a été répercutée dans la presse, amplifiant le débat. Son récit et celui de ses amis français, repris sur de nombreux blogs en français et en portugais*, relate sa détention à l’aéroport, ses difficultés pour entrer en contact avec l’ambassade du Brésil, et les motifs de son renvoi : attestation d’hébergement écrite par ses amis non ‘‘officielle’’ car non visée par la mairie ou la Préfecture, et assurance privée brésilienne non reconnue. Les autorités brésiliennes ont conscience de cette rigidification des contrôles à l’entrée en France et ont laissé entendre lors d’une interview accordée à L’Estado que bien que ce ne soit pas envisagé pour le moment, une remise en cause des accords permettant l’entrée des Français au Brésil (et des Brésiliens en France) sans nécessité de demande de visa préalable pourrait être étudiée. La qualité des relations franco-brésiliennes permettront de sortir de cette impasse.

Source : Laurent GUERINAUD (www.lepetitjournal.com – São Paulo) jeudi 14 mai 2009

Récit de Solange França et des amis supposés l’accueillir

Publié par : Otovon | 15 mai 2009

Qui a dit état policier ? Volet 1 !

Un Marseillais assistait à un contrôle d’identité qu’il trouvait trop viril. Il est poursuivi pour “tapage injurieux diurne”.

Un Marseillais de 47 ans, professeur de philosophie, va comparaître le 19 mai devant le tribunal de police pour avoir crié alors qu’il assistait à un contrôle d’identité : “Sarkozy, je te vois!”, a-t-on appris jeudi 14 mai auprès de son avocat.
L’homme a prononcé cette phrase à deux reprises en gare Saint-Charles, à Marseille.
Le 27 février dernier, à 18h50, il assiste en spectateur à un contrôle d’identité qu’il juge musclé, puis décide de se manifester verbalement, suscitant l’hilarité des passagers alentour.
Les policiers, estimant que l’apostrophe a attiré l’attention du public et gêné leur contrôle, l’emmènent alors au poste de police de la gare pour procéder à un contrôle d’identité et dresser un procès-verbal.

Il risque une contravention

“Par la durée et la répartition de ses cris”, l’enseignant a porté atteinte à la tranquillité publique, contrevenant ainsi à l’article R 13-37 du code de la santé publique, écrivent les policiers.
Le professeur est convoqué devant la justice pour “tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d’autrui”, délit passible d’amende selon l’article R 623-2 du Code pénal.
Contacté par nouvelobs.com, son avocat, Me Philippe Vouland, s’est étonné que “la convocation en justice” de son client “ne reprenne par les faits” qui lui sont reprochés.
“A-t-il été considéré qu’il avait été injurieux ou qu’il avait troublé la tranquillité d’autrui, ou les deux ?”, s’est-il interrogé. “On n’en sait rien”, a-t-il ajouté. “Il n’a pas été injurieux vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, puisqu’il n’est pas poursuivi pour “injure au chef de l’Etat”, a-t-il poursuivi. “La police a-t-elle perçu sa réaction comme une injure à son égard ?”, s’est-il du coup demandé. Et de conclure : “Alors elle n’a aucun humour”.

Demande de transport du tribunal sur les lieux

Me Philippe Vouland a déposé des conclusions de nullité. Il va demander le transport du tribunal sur les lieux, ainsi que la désignation d’un expert pour faire des comparatifs de décibels en gare Saint-Charles, mais aussi la désignation d’un neurologue pour “tester l’influence que peut avoir le bruit sur le cerveau humain”.
“Je ne doute pas qu’en bon avocat, M. Sarkozy n’aurait jamais été favorable à une telle poursuite qui ne peut conduire qu’à la relaxe”, a ironisé Me Vouland. Et d’ajouter auprès de nouvelobs.com : “Dans mes conclusions, j’ai opté pour l’humour. Tant qu’à faire dans la folie, autant aller jusqu’au bout !”.

“Pas seulement un délire de quelques policiers”

Contacté par nouvelobs.com, le président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) Jean-Pierre Dubois, s’est dit “inquiet face à cette nouvelle affaire qui révèle une fois de plus la dérive policière et judiciaire et l’atteinte aux libertés”.
“Il ne s’agit pas seulement d’un délire de quelques policiers”, a-t-il estimé, “car celui-ci a été validé par une juridiction. Ce n’est pas seulement absurde, c’est une grave dérive institutionnelle. Il y a quelqu’un au Parquet qui a décidé qu’on pouvait poursuivre un citoyen pour de simples propos humoristiques”.
“Par ailleurs, a-t-il souligné, c’est un juge de proximité qui a été chargé de l’affaire. Or ces juges de proximité sont des sortes de sous-juges qui ne sont là que pour pallier la pénurie de juges”.
“On était déjà allé très haut dans l’échelle des affaires de ce type, mais là on atteint le sommet du caricatural, on voit où la folie de la politique sécuritaire actuelle est en train de nous emmener”, a-t-il dénoncé.
Jeudi, la LDH avait publié, avec les syndicats SM et Saf, un rapport dans lequel était dénoncée la “dégradation continue des rapports entre les citoyens et la police”.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/libertes_sous_pression/20090515.OBS6965/crier_sarkozy_je_te_vois_conduit_au_tribunal.html

Publié par : Otovon | 7 mai 2009

Etre anti-Hadopi lui coûte son poste à TF1…

Si la loi Création et Internet, dont le vote a été reporté au 12 mai, n’avait pas fait se déplacer les députés dans l’Hémicycle, elle a déjà suscité le licenciement par TF1 de son responsable du pôle innovation Web.

Le quotidien Libération des 7 et 8 mai raconte comment Jérôme Bourreau-Guggenheim, 31 ans, “passionné par le Web”, se retrouve à la porte de la chaîne privée, pour avoir émis un avis  – privé – défavorable à cette loi.
Avec le Desk, suivez l’information qui vous intéresse en temps réel

Son avis, il l’a adressé par courriel, le 19 février,  à sa députée du 17e arrondissement de Paris, Françoise de Panafieu. “Mes parents m’ont toujours appris que quand on n’est pas d’accord, plutôt que de critiquer, il faut agir”, explique-t-il.

Par quel enchaînement un simple courriel envoyé d’une adresse personnelle, peut-il conduire à un licenciement ?

Un détour par le ministère de la culture, artisan de la loi dite Hadopi, s’impose.

En effet, le 4 mars, Jérôme Bourreau-Guggenheim “est convoqué par Arnaud Bosom, président de eTF1 qui s’occupe des activités numériques de la Une”. “Et là, raconte M. Bourreau-Guggenheim, il me lit le mail mot à mot ! Et me dit qu’il ne peut pas laisser passer ça, que je n’ai pas le droit d’avoir cette opinion. Mais moi, je ne me suis pas écrasé, mon opinion est libre, et surtout je l’avais exprimée à titre privé dans une correspondance privée !”

Le courriel, lui explique M. Bosom, a été transmis à Jérôme Counillon, directeur juridique de la chaîne, par le ministère de Christine Albanel, “même si aujourd’hui, officiellement, la Une dit n’en rien savoir”, précise Libération.

Interrogée par le journal, l’attachée parlementaire de Mme de Panafieu précise avoir transmis le courriel jugé “intéressant” au ministère de la culture pour simplement “obtenir un argumentaire”.

Le 16 avril, M. Bourreau-Guggenheim reçoit sa lettre de licenciement, qui dénonce une “divergence forte avec la stratégie” de TF1 et dans laquelle on apprend que l’adoption de la loi est un “enjeu fort” pour la chaîne. “La stratégie de TF1, ironise Jérôme Bourreau-Guggenheim, c’est de gagner de l’argent, pas de soutenir une loi.” Les prud’hommes vont être saisies “pour licenciement injustifié”, “selon le code du travail, un employé ne peut pas être discriminé en fonction des ses opinions politiques”. L’avocat de M. Bourreau-Guggenheim s’apprête aussi à saisir la Halde.

Le ministère de la culture, qui ne s’explique pas comment le courriel est arrivé à TF1, se dit “extrêmement surpris”.

Source : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/05/07/etre-anti-hadopi-lui-coute-son-poste-a-tf1_1189867_651865.html

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